Mes découvertes en chemin:
La vie est un long fleuve
Comme beaucoup de femmes, je vis une vie intense et mouvementée. Un biographe qui n’aurait qu'une de mes journées pour se faire une idée de ma vie, comme un géologue prélevant une carotte glaciaire, se demanderait certainement si l'intéressée peut réellement être une seule et même femme ! Mais je constate que mes amies, que mes clients vivent des impressions semblables. Tout s'accélère. Est-ce la maturité, la richesse de la vie ou l'époque?
C'est certainement l'époque bien sûr, mais pas seulement. Je me souviens avec peine d’un temps de ma vie où les stries étaient moins nombreuses: la maison, les enfants, le compagnon et le travail. Et puis ma vie à moi, intérieure, dont je ne prenais conscience que dans les vides et les interstices, qui me semblait à cause de cela intermittente et secondaire. Dans les passages entre les rôles au cours d'une même journée, il me fallait vaillament emporter d’un moment dans un autre mon esprit et mon corps, acclimater mes préoccupations .
Aujourd'hui, je me sens instantanément bien présente, où que je me trouve, collant aux nouvelles situations, lieux ou personnes sans trop de déperdition d’énergie, avec une densité de présence nouvelle, dans la paradoxale permanence de l'instant. Ca c'est le cadeau de la maturité.
Et les couches de vie se multiplient jusqu’au vertige ! Mais au lieu d'enchaîner les passages, même comme dit joliment une de mes plus charmantes amies, de rapides "passages de marelle", je vis une sorte de constante commutation. Je commence à goûter cette sensation particulière, comme si j’avais en main une télécommande, ne me donnant pas de contrôle sur les événements mais au contraire, commandant la faculté toute intérieure de lâcher en face d'eux. Lâcher une préoccupation pour entrer dans une autre, très différente. Lâcher la tête quand c’est le corps qui réclame, lâcher le travail quand l’heure est à la prépondérance des sens ou du plaisir. Lâcher un rôle pour entrer toute vive et neuve et pleine et avide, dans un autre qui m'attend et attend de moi que je lui prête vie et mouvement.
C’est une faculté qui ne va pas sans risque de dissociation. Mais je suis pourtant plus unifiée que je n’étais, bien que les pans de ma personnalité se soient multipliés. C’est parce que j’ai à présent de plus en plus conscience que ma vie à moi, la vie de mon développement, de ma maturation, mon existence à proprement parler, si elle reste en étroit contact avec les multiples facettes de cette toupie lancée à toute vitesse que j’ai souvent l’impression d’être, en est aussi indépendante.
Je crois que notre vie intérieure, nourrie de tout ce qu'on vit dans notre vie extérieure, est la seule constante. Quand on sent en permanence son flux s’écouler à son rythme lent ou rapide, ce flux est si ample et majestueux que les chaos qui surmènent notre petite vie de tous les jours y semblent des rondins flotés, charriés par un fleuve puissant.
C'est sur ce fleuve que notre vie intérieure navigue. Pas toujours tranquille c'est vrai!




Ce papier donne envie de boire à la source et de goûter le gâteau.
Ah le poids des mots et le choc des photos…
Rédigé par : midnight | 31/05/2011 à 08h22