Ma petite cuisine de magicienne:
Tension des opposés
Ah ! Enfin le temps semble vouloir changer ! Enfin il fait frais, le ciel menace et nous prenons l’imperméable ! Depuis si longtemps c'est beau fixe, le ciel est bleu, l’air est doux. Tout le monde en est très content, comme si le beau temps était évidemment bénéfique. Moi, je le trouve pénible et fatiguant, ce printemps sec et minéral de Paris. 40 jours sans pluie paraît il !
Le printemps est d’ordinaire la période des contrastes, des aléas, des allers-retours entre l’hiver et l’été, entre le froid piquant et la tendresse de la belle saison. Journées chaudes et gelées tardives, pluies battantes et verdoyantes embellies dans les jardins et les parcs qui dégouttent de lumière, petits matins aigrelets dans les rues laquées, et tièdes après-midi aux terrasses des cafés. La tension psychologique qui se dégage de cette alternance est celle d’une montée du désir vers la plénitude de l’été. Elle est une nécessité, un des dynamismes fondamentaux qui nous meuvent. Sans cette tension, nous nous sentons ballants et indécis, mornes comme des voiliers quand le vent est tombé. Assommés!
C’est que le printemps nous parle, sans que nous y prenions garde, des nombreux couples d’opposés dont nous sommes pétris : bien et mal, pulsions et interdits, matière et esprit, monde intérieur et extérieur, masculin et féminin en chacun, forces et fragilités, vie mortelle, conscient et inconscient…Les fêtes de cette période (Carnaval et Pâques) reflètent d’ailleurs et ritualisent ces contrastes. Ce sont des polarités telles qu’elles se présentent à nous en permanence. Et qu'il faut bien résoudre, comme la marche, un pied après l'autre, nous tient debout et agissant dans le déséquilibre permanent.
La tension entre ces pôles, le fait de ne s’abandonner ni à un l'un ni à l’autre, de « tenir » les deux ensemble, crée un rapport qui est le 3ème terme. Ce rapport de forces, qui engendre bien entendu difficultés et inconfort, demande et génère de l'énergie, rend les opposés complémentaires et la dualité Unité. C’est la voie du milieu, le pont. C’est la stabilité paradoxale qui fait rouler le vélo, le génial équilibre qui vient triompher sans cesse de l’impossible.
Les contes ne parlent que d’elle, cette "tenue des contraires" qui fait progresser le héros sans moyen et nous à sa suite, entre besoin absolu et infranchissable obstacle vers l’idée de génie, l’inspiration magique, la rencontre, le déclic qui lui ouvrent la voie et le mènent à la victoire.
Ainsi est le dynamisme puissant de la tension des opposés dont le printemps est si représentatif. Nous avons besoin de soleil, mais encore plus besoin que le modèle extérieur des éléments remplisse son office annuel et vienne ainsi nourrir mystérieusement le monde intérieur en lui suggérant des résolutions et des passages. C’est pourquoi, il est bon que ce printemps ne soit pas un été trop précoce et notre fatigue un repos dessaisonné.
J'espère bien qu'il va pleuvoir!




