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Regard:
Rue des Barres
Dimanche à 7h du soir, rue des Barres, les cerisiers roses sont déjà en fleurs derrière les grilles des couvents. Je rentre chez moi par les ruelles du Marais.
Je connais intimement Paris. J’en sais beaucoup de visages, beaucoup de noms. Dans les contes, les noms sont les sésames qui donnent au héros le passage, la gloire, le pouvoir, la possession, l’amour. C’est parce que dans la vie ce sont les noms qui nous ouvrent les portes des choses et des êtres, que je suis si avide d’eux.
Les noms d’une ville nous la livre, lisible comme un livre ouvert, comme une femme amoureuse. Chaque nom évoque un endroit, des images, la sensation de mon corps se mouvant et recevant des impressions en rafales. Certaines rues sont jubilatoires, ou laborieuses, ou tendres. D'autres rues, ou seulement leur nom, contiennent pour moi seule un principe de chagrin infini. Des milliers d’instantanés de mes sens et de mes émotions sont à jamais associés à ces noms, à ces lieux.
C’est une nuée vibrante de sensations, informe et plastique comme une myriade d’insectes autour d’une lampe, qui forme ma prédilection pour cette ville. Je l’ai intégrée à moi parce que le temps et mon admiration, mais aussi l’usage quotidien l’ont peu à peu vidée de son mystère, sans la déposséder d’une seule parcelle de sa magie. A la place, je l’ai remplie de moi au milieu de ses rues, de ses places, au milieu de ses jours, de ses lumières et de ses ombres. Je l'ai remplie de l'expérience intime que j'ai d'elle, qui n'est pas communicable et disparaîtra avec moi.
Je vis en elle, cette ville que j’aime, et elle vit en moi. Je l’habite et la porte. Elle m’obsède et m’abrite.
Comme un amour.





Merci Gilles, quel beau commentaire. Il mériterait d'être un billet!
Quel bonheur de vivre plusieurs ordres de réalité à la fois. Etre avec quelqu'un, percevoir intérieurement les résonances en moi de tout ce qu'il dit. Et puis en même temps se promener et capter tout le reste, la couleur du soir et la douceur de l'air, tout ce qui passe fugitivement et pourtant s'imprime. Comme si s'enregistrait en permanence la course des nuages.
Rédigé par : Carole | 15/03/2011 à 21h54
Merci Marjorie! Ravie que ça te touche! Et maintenant il y a la belle chanson de Marc Lavoine envoyée par un ami cher. J'adore!
Rédigé par : Carole | 15/03/2011 à 21h25
Bien joli texte, je trouve une résonance inouïe dans cette phrase "Je l'ai remplie de l'expérience intime que j'ai d'elle, qui n'est pas communicable et disparaîtra avec moi". Si juste et si universelle.
Bravo!
Rédigé par : marjorie | 15/03/2011 à 19h39
... Jolie inspiration !
y affleure une myriade de sensations, d'émotions, par ces mots sonnant et mélodieux, il y transparaît une vie riche de ses mystères, de ses saveurs. Cet hommage donne l'envie de t'entendre énoncer ces noms, d'écouter leur musique, et de se laisser émouvoir par ce chant d'amour unifié en toi... d'être un témoin discret du chant de "l'oiseau de vérité"...
Aussi, tout amoureux de Paris, en "te" lisant, ne peux que se laisser attendrir à ses propres évocations qui refont surface, sans effort...
Et j'en suis !
oui, Ce Panam tant vécu, tant traversé de jour et de nuit, et qui m'a tant donné. Chacun de ses arrondissement a semé en moi des graines d'histoire, reliée à des parcelles de Vies, que j'ai croisées, rencontrées, aimées, et délaissées pour un autre recommencement, un autre lieu, une autre fête, un autre intime. Depuis mon retour en cette cité, quand je la parcours, en mes ballades nocturnes, j'ai la sensation de parcourir un livre d'images qui m'habite. Chaque endroit me rappelle aux évènements et aux êtres qui ont contribué à me façonner, et parfois à me "perdre"... pour mieux me retrouver... En feuilletant recueil d'histoire, je sens mon regard distancé, amusé, relié à mon coeur apaisé. Tout était bien, tout était à ça place au bon moment... Et je remercie l'Esprit des Lieux.
Rédigé par : Gilles | 14/03/2011 à 15h04