Cet article est ma contribution à l’évènement mensuel : « À la croisée des blogs » dont le thème, donné par Joanna du blog Moodstep , est ce mois-ci: qu’est ce que le bonheur?
Regard:
Le bonheur : une approche de la totalité
Il y a certains moments inclassables de ma vie, non par leurs circonstances, diverses et d’ailleurs banales, mais par la réalité qu’ils m’ont donnée à surprendre. Toujours la même : un état d'ouverture de mon être, un subtil "touchement" de tout le corps plongé dans un bain étrange et divin. Je ne parle pas de pensée agréable, idée, spectacle réjouissant, plaisir, satisfaction quelconques. Non. A cet égard, c’est plutôt un vide: pas de pensée, pas d’image. Rien. Il n'y a rien que ce que je vois, entends et sens, là où je me trouve et pas ailleurs - un trottoir de Paris, une table de bistrot, un appuis de fenêtre. Le quotidien, mais totalement transfigurée par cet état.
Et une expériences sensorielle
Je respire, suspendue dans une émotion d’attente indicible. Il serait plus juste de dire que je "suis respirée", emplie d’air par la grâce infinie, émouvante, d’un savoir que j’ignorais posséder: une sorte de génie absolu, sidérant, de ce qu’est réellement RESPIRER. Le ballon d’hélium qui a pris la place de mon cœur emplit toute la cage de mon corps qu’il emporte avec lui, soudain allégé de son poids, se mouvant sans effort, marchant sans tout à fait toucher le sol, participant de TOUT ce que je perçois. Il n’y a plus de sélection, de hiérarchie, de préférence : les bruits qui méritent mon attention et les autres, les gens agréables ou non, ce qui m’intéresse ou pas, d’où j’arrive et où je me rends. Il n’y a plus qu’une perception globale merveilleuse, totale et sans pensée.
Et puis c'est une connaissance
Une perception de quoi ? Pas facile à décrire. Je dirais : de ce qui existe. La connaissance totale, dans l’instant, de ce qui est là. De ce qui est. Et de moi, qui n’en suis plus séparée. C’est d’une telle beauté, d’une telle incroyable splendeur, cette connaissance, que je pourrais mourir à l’instant, dans le ravissement, soulevée de terre par la joie amoureuse, même pas d’être en vie, mais d’ETRE la vie.
C'est un chemin intime
Ce sont de tels moments, rares en fait, qui m’ont été donnés à vivre et ont ouvert, chacun un peu plus, un chemin en moi. Certaines circonstances ou personnes, certains élans ou certains sentiments, m’y ont peut être donné accès. Comment savoir? Je me revois dans mon jardin au printemps, avec mon nouveau-né dans les bras, où dans un rayon de soleil baignant une salle d’embarquement à Roissy, ou bien seule devant la télé une nuit d’insomnie, ou encore marchant sous la lune parisienne au bras de mon amour… Ce sont là les circonstances inattendues et si ordinaires qui m’ont pourtant ouverte sur ma joie profonde. Pourquoi? Par quels chemins? Et comment les retrouver?
C’est comme s’il m’en était resté quelque chose à chaque fois, un peu de poussière d’étoiles dans le creux des paumes, qui fait étinceler tout ce que je touche dans mon existence la plus triviale: une saveur de conscience. Mais voilà le plus beau : cette saveur de conscience, je la reconnais au cœur même de mon métier. A l'instant où la personne que j’accompagne touche à sa propre essence, j'en suis toujours mystérieusement avertie, même si elle-même ne le reconnaîtra parfois que plus tard. Cette saveur passe soudain, comme une grâce insigne, comme une Visitation. Ce n'est pas une idée, c'est même un état très physique: mes yeux s'embuent, mon cœur se gonfle, l'esprit s’ouvre et bondit, la joie m'inonde...Un instant de plénitude...que je ne cherche, ni ne trouve, mais que je rencontre, avec lequel j'ai chaque fois un bouleversant rendez vous.
Et enfin, c'est une porte
Etre arrivée au point de connaître enfin la porte par laquelle cette joie peut entrer dans mon existence jour après jour, même pour un instant; vivre dans son lumineux voisinage, parfois dans son entrebâillement d'un moment ; percevoir le souffle mystérieux, le parfum d'éternité, le divin rayon qui s'y glisse jusqu'à moi et vient me toucher pour tout concevoir,
c’est ça le bonheur pour moi.





Merci de ton feedback Frédéric.
Rédigé par : caroleperle | 26/08/2011 à 10h50
Chère Carole,
Je découvre ton superbe texte via FB. Il fait échos, que dis-je, il fait osmose avec ma sensibilité, et je ne sais où te répondre, ici ou là-bas ;)
Pour ma part, le bonheur est la conséquence de notre expérience onirique, ce n'est pas l'expérience elle-même. Le bonheur vient après avoir parler avec l'ange, après nous être dilué, évanoui dans le cosmos, après avoir été aspiré, avalé, digéré par le serpent géant multicolore. Nous en gardons alors une trace au plus profond de notre ventre, une boule rayonnante qui irradie l'univers, des braises dans le regard.
Dans ces instants surprenants, nous sommes au-delà du bonheur. Ce moment de conscience absolue ne peut être partagé, il nous laisse libre de nos entraves terrestres, seul avec nous rien.
Le bonheur c'est la mémoire d'avoir touché l'indicible.
Rédigé par : Frédéric | 25/08/2011 à 11h15
C'est divin Carole. Tu es porteuse de tellement de talents! Ta description si subtile de l'indicible me laisse rêveuse :)
Rédigé par : Joanna | 25/03/2011 à 16h50
oui, la personne qui a écrit un petit commentaire sur le watsu...c'est tout à fait ça, cet indiscible qui se déroule sous l'eau
je connais une praticienne silvia bellei avec qui je me sens merveilleusement accompagnée pendant le watsu
bonne journée à tous
Rédigé par : sylviee | 24/03/2011 à 16h58
Merci Farid! Ca me tente beaucoup. Je vais faire un stage de bio scénario avec Vincent Lenhardt qui comprend une partie en piscine et ça ressemble à ça. Les bio scénarios c'est un mélange d'analyse transactionnelle et de bio énergie dans l'eau. Ca ressemble?
Rédigé par : Carole | 23/03/2011 à 07h19
Le watsu est une sorte de massage shiatsu dans l'eau. Une belle expérience de lâcher prise en effet. Une forme d'abandon (on ne laisse pas son corps entre les mains de n'importe qui et l'eau permet un affranchissement du "poids" de l'apesanteur) et de confiance aux mains attentionnées et respectueuses d'un praticien qui se fait oublier et vous accompagne dans la découverte de votre propre intérieur.
Comme un aveugle se laisserait guider dans la découverte d'un monde inconnu. Soi même.
On "touche" là aussi un peu de ce bonheur intérieur. J'adore cette idée et cette relation entre bonheur et "dilatation" de l'être. Une dilatation cela grandit.
Rédigé par : fa | 23/03/2011 à 01h02
Le watsu? Je ne connais pas. Mais je vais ouvrir mes écoutilles de ce côté! Merci Sylvie de ce renseignement et de votre retour sur l'article.
A bientôt
Rédigé par : Carole | 22/03/2011 à 20h15
bonsoir, votre expérience si délicatement relatée me fait penser à ce que j'ai pu expérimenter lors d'une séance de "watsu" avec une thérapeute attentionnée...vous devriez essayer!!une dilatation de l'être
Rédigé par : sylviee | 22/03/2011 à 19h35
Juste et sublime. Un bonheur.
Rédigé par : la belette | 21/03/2011 à 23h59
Oh! mais pourquoi n'as tu pas participé au concours Farid! Tu en as de belles choses à dire sur le bonheur! Merci de ton retour sur mon blog.
Que de beaux commentaires qui enrichissement considérablement mon sujet. Merci mes amis!
Rédigé par : Carole | 20/03/2011 à 23h01
Merci Gilles, et encore plus parce que j'ai utilisé du temps qui te revenait pour l'écrire!
Rédigé par : Carole | 20/03/2011 à 22h57
Cela valait vraiment la "peine" que tu te donnes cet instant d'Un-térieur, que tu fasses vibrer cette fluidité de Bonheur du bout de ta "plume" pensée, que tu offres en résonance à nos regards ces mots couleurs d'âme... Merci à toi de nous rappeler à "Qui Nous Sommes" Réellement...
Merci de souffler ainsi tes poussières d'Orée à la lisière de nos coeurs, luisances de grâce, frémissements de joie, pour nous inviter à habiter notre Silence.
Rédigé par : Boulay Gilles | 20/03/2011 à 21h51
Magnifique et inspirant. Merci.
Le bonheur - comme je le ressens - c'est la pleine conscience, là et maintenant, d'être un tout indissociable de la vie.
C'est se sentir à sa place. C'est se sentir être pleinement. Indépendamment de ce que l'on a acquis ou perdu, indépendamment de ce que l'on parait ou de ce que les autres souhaitent que l'on devienne.
C’est en même temps se sentir et s’accepter en paix face à soi même.
Le bonheur c'est de regarder le monde, la vie, l’autre quelqu’il soit, avec le regard du coeur, sans les lentilles du préjugé et du raisonnement.
C'est toucher, même très furtivement, l'expérience et l'émerveillement de la vérité, et non pas chercher sa connaissance ou sa compréhension.
Le bonheur c’a s’exprime mal, c'a s'appréhende maladroitement, à tâtons mais c’a se vit et c’a se partage.
C’est peut-être une expérience qui nous nous conduit un peu plus près du futur de l’homo-sapiens; l’homo-felix ? Une sorte de futur actuel !
En attendant, superbe cette playlist, une vraie source d’inspiration. :)
Rédigé par : farid | 20/03/2011 à 21h45